Mercredi 14 Novembre 2007
En Pologne
Par Libad, Mercredi 14 Novembre 2007 à 16:00 GMT+2 dans Voyages
Retour en Pologne, deux ans et deux moi plus tard. Cette fois en avion et pas en camion. Le voyage n'est pas bandant, mon compagnon de route non plus. Escale écourtée à Varsovie, le ciel est gris, le froid mordant. Je suis impatient.
Wroclaw, nos bagages n'arrivent pas, un Français explose de rage, on comprend le problème. Un militaire obèse ne répond que par "No" et "Moment", bâtard. Une heure de queue, avec notre taxi boy qui fait la gueule et un fonctionnaire bedonnant nous accueille enfin, chaleureusement. Il ravive mon sang froid et nous rassure. J'ai l'habitude des mensonges mais je préfère le croire.
Deux heures de route en campagne, un chauffeur muet, la nuit est tombée.
Bystrzyca Klodka, j'en vois pas grand chose, si ce n'est que le chemin qu'on prend a des allures mystérieuses et longe une rivière invisible, ça me plaît. Il s'arrête devant la maison, et s'en va sitôt son argent en poche.
Passé le seuil, Maman nous accueille, Papa aussi, il a l'air saoûl, ambiance joviale, ça promet. Il me présente son fils, Woytek, ex-volontaire en Islande, et sa copine, Beth, une Anglaise très gentille. L'intérieur est magnifique, je me sens déjà chez moi. De beaux tableaux ornent les murs, avec des trophées de chasse et de pêche. Notre chambre est parfaite, pleine de plantes vertes. Repas frugal avec un Anglais mélomane qui vit ici depuis 4 mois. On discute un peu et je vais dormir, comme un bébé.
Au réveil, je découvre un ciel gris, noir, moche, sale. Mais le reste a du charme, une rivière et des arbres.
L'Anglais nous emmène au bureau, j'y rencontre notre Mentor pour trois semaines. J'explique le problème des bagages mais on me rassure encore. Puis, Reinhatta, qui travaille au bureau nous fait une très courte visite de la ville, grise et triste pour le moment. Elle nous emmène ensuite au centre social où nous sommes censé travailler, deux heures par jour seulement. Cette fois là on a joué aux dadas avec un vieux rigolo en fauteuil.
Je suis perplexe quant à la journée type. Deux heures de travail, on rentre manger, s'ensuit une leçon de Polonais de dix minutes et puis c'est tout. J'ai peur de l'ennui, je n'ai pas assez de livres. J'attend impatiemment le deuxième jour. Et je viens d'apprendre que nos bagages arriveraient à dix neuf heures.
Mon cul ouais, ils devaient débarquer avec la nouvelle volontaire, ils n'y sont pas et elle est désagréable.
Bon en fait ils sont arrivés, et l'Anglaise est timide.
Deux nuits et deux rêves intenses. Le dernier, une espèce de simili noyade dans un bidonville de Bénarès, vraiment impressionnant. Le réveil est conséquent. Je suis attablé prés d'une fenêtre, écrivant à la lumière du ciel gris, dégustant thé et musique. Cette case a vraiment du chien. Papa est le géniteur des tableaux qu'on voit partout, l'un me transcende. Une femme, évidemment, à l'épaule dénudée et sourire moqueur. Hier soir, je me suis bidonné avec Papa sur un documentaire portant sur la fuite d'un tigre dans une quelconque forêt des Etats Unis.
Normalement ce soir nous allons au pub avec d'autres volontaires, je m'impatiente. Et aujourd'hui j'ai peint un chérubin en plâtre entouré de roses, c'est pas mon truc.
Jessica s'en va, une volontaire Allemande qui accompagnait l'Anglaise, une chouette fille de dix neuf ans. Hier et aujourd'hui on a bu des coups ensemble et joué au billard, vraiment charmante. Je sympathise avec le Turc (j'en ai pas retenu son nom). Et hier soir une découverte : Eva. La fille de nos hôtes, une blondinette exubérante. On a joué au Jungle Speed et beaucoup ri. Quand je lui ai demandé son âge, elle m'a dit de supposer, j'ai dit dix huit, elle a répondu quatorze. Elle a un rire de crécelle, ça rajoute à son charme. Pour finir on s'est battu, pour rire. Elle est douée et ira loin, dommage qu'elle soit si jeune.
Aujourd'hui j'ai appris à sculpter le bois, c'est pas une mince affaire. J'ai gravé le mot 'soleil' et j'ai déjà oublié son homonyme Polonais. Le ciel est toujours gris, pluvieux, grimaçant, menaçant. Jessica m'a dessiné un soleil, c'est touchant.
Peur de l'ennui, le week-end s'amorce à peine que je l'appréhende. J'essaie de m'amadouer pour tuer le temps avec mon compagnon de route. Je lui apprend les échecs, il m'apprend la belotte.
J'ai quand même vu le soleil aujourd'hui, et du ciel bleu, j'ai même entr'aperçu la Lune ! Mama repeint son salon, il est vingt deux heures. J'espère pouvoir l'aider demain, j'aimerai passer plus de temps avec eux. J'appréhende la Lettonie du coup. Je repense à Lesmaï qui m'a dit avoir appris à aimer l'ennui, je l'envie. Je pense en Anglais, c'est amusant.
J'essaie de ne pas trop lire, de peur de ne plus pouvoir après. Django m'a fait vibré lors d'une balade soli solo dans la ville, le rire de quelques gamines m'a fait repartir. J'ai croisé un berger Allemand muselé en même temps que le regard bleu neige de sa maîtresse au sourire très convaincant de lèvres sanguines. La rencontre du jour.
J'ai un problème avec les livres, du moins certains, depuis deux mois. Ca a commencé avec "L'orange mécanique", de Burgess et je n'expliquerai pas pourquoi. Il y a ensuite eu "Dans la peau d'un intouchable", de Marc boulet, lorsque j'étais au Maroc et que je vivais comme un blédard, rapprochements troublants.
Mais là, c'est plus grave, ça concerne "Lolita", de Nabokov. Eva n'est pas une nymphette et je ne suis pas Humbert Humbert Junior. Mais pour ses quatorze ans, elle est en avance sur tous les plans et je ne peux m'empêcher de savourer les moments passés avec elle. Je raffole de sa moue boudeuse. Je crains de la revoir un jour dans l'état de Lolita. Perdre son rire crécellien serait un vrai gâchis. Elle m'a dit qu'elle buvait souvent avec ses amis, qu'elle aimait la fête. Je ne veux pas qu'elle finisse en cloque à 17 ans avec un ivrogne de mari. Elle se maquille comme une grande, a un portable et pleure devant les films d'amour.
Sinon j'ai poussé mon exploration des environs, malgré ce foutu ciel gris. Ils bûcheronnent tous en pensant à l'hiver, les chiens aboient sur mon passage et certains crânes rasés ne me rassurent pas.
Evva, Ewa, Eva, Ever ! Avé Gamine.
Il faut que je me corrige, après avoir fini Lolita ce matin. Je dois redire et insister sur le fait que je suis loin des pulsion de H.H.. Certes, comme tous les hommes, j'ai mon jardin secret, où mes hantises côtoient des hallucinations palpables. Mais je suis loin du gouffre dépressif dans lequel s'est perdu le père incestueux de Lolita.
Ceci dit elle me manque quand même, partie il y a quelques heures seulement, sans un au revoir. Elle reviendra demain ou après. J'aurai peut être d'autres moments privilégiés avec elle, comme lorsque je reste à sa demande car la télé dans le noir l'effraie. J'ai beau ne rien comprendre au Polonais, je reste après l'avoir taquiné, heureux d'être là.
Demain une nouvelle semaine commence, l'occasion pour moi de commencer un second livre. En effet je m'inflige volontairement des restrictions de lecture en prévision de période creuse et de week-end pluvieux. Peut être aussi j'écrirai un autre bout du "Journal d'un vaincu" et sûrement je relirai Lolita. L'écriture Nabokovienne vaut bien qu'on y passe deux fois.
Mama est décidément une femme adorable. Son sourire rayonne de franchise et ses yeux pétillent quand elle me parle. Peut être ai-je droit à un traitement spécial, étant le seul à débarrasser la table et à la féliciter sur ses talents culinaires. Elle m'a invité à regarder Prison Break, ça m'a drôlement touché. On a bien ri même si je comprend toujours rien au Polonais. Papa semble maussade ces jours ci, il fredonne moins qu'avant et je le surprend souvent en plein rêverie.
Des rêves de plus en plus net. Un mec derrière un bureau m'annonce que ma vie entière a été filmée. Les sensations de ma réaction m'ont paru réelles. De la stupeur muette aux questions acharnées et finalement, une légèreté vaniteuse. J'avais l'occasion d'une introspection objective. J'en jubilais. En suite c'est plus flou. La même torpeur, cette fois exubérante, dans les rues de Lille en fête, malgré un tempête causé, je pense, par mon ego enflé. Le clou de la nuit, intemporel : une porte, et moi qui sait parfaitement que je rêve, j'ai même vu mes mains. Quelqu'un me demande si c'est grâce à Castaneda que j'en suis là, je répond que j'ai suivi d'autres techniques.
D'autres rêves. Le monde ravagé par un virus qui transforme l'homme en bête cannibale. Moi qui parle de la fin du monde à qui veut l'entendre, ça m'a abattu. Mon père était en vie et je sentais que son sourire couvait quelques intentions kamikazes. Béa et JH étaient vivants eux aussi, du moins au début. On devait rallier une ville de fortune a travers un désert. Je vivais barricadé dans le grenier de la maison de mon ancien beau-père. Les rues étaient jonchées de cadavres et d'ordures, les quelques malades étaient facile à éviter mais le plus grand danger venait des junks qui n'hésitaient pas à inoculer le virus à n'importe qui. Et je passais mon permis dans ces conditions. Il me suffisait de répondre à une question et c'etait joué. Amusant, la voiture est offerte, du moins les clés (marquées 412 59). Je demande où elle se trouve au gérant, qui me vend un caleçon, hum. Deux filles aux yeux galactiques me disent de partir . Mais celle aux yeux verts, la plus proche se rapproche encore, pour un câlin de chagrin. Et après maints micro-mouvements unidirectionnels, un timide baiser gêné par nos cheveux emmêlés. cette apothéose de tendresse exprimait bien notre désespoir croissant quant au monde croulant.
Vince me réveille de manière brutale. Je prend mon temps et respire à fond avant de me lever, pour être de bon poil. Mama a préparé des crêpes, ça devrait aller.
Si je ne raconte que mes rêves ces derniers jours ce n'est pas qu'il ne se passe rien, mais ça ne m'intéresse pas de dresser le portrait des jours qui passe, je veux écrire des aventures. Même si aujourd'hui, j'ai écorcé un tronc, future boîte aux lettres en forme de nain barbu, même si j'ai accompagné Eva en ville et même si il y a eu une fuite dans la salle de bain qui a mise Mama en colère, je tourne en rond. Ca me rappelle le premier jour à Marrakech, lorsqu'on s'est rendu compte que l'appart' du père de Lesmaï était désert et qu'on a passé une après midi affalé sur le toit en plein caniar, en redescendant d'un week-end d'abus. Rude épreuve pour mes nerfs.
J'ai vu les étoiles ce soir. Une journée bleue de ciel, à part une drache à midi. Petit voyage à Klodzko, avec l'Anglais, le Turc, Irena notre guide, mon compagnon de voyage et moi. On a visité une église, un super marché Leclerc et une pizzeria. Après c'était 'free-time' pour une heure et demie. J'ai acheté des gants. Déprime fugace sur le retour. Je suis pas lunatique, je suis pire. Le rire des dévotchkas mal baisées ou trop jeunes m'a perturbé. Mon père m'avait mis au garde quant au rire des femmes, il y a de ça 10 ans. De plus, les froides forêts déchiquetées par un soleil couchant attisent la mélancolie naissante de Django Reinhart. Rajoutez un litron de bière et un type saoul et tapageur dans le bus, ça donne deux yeux noirs et une folle envie d'être blotti dans les bras de ma nymphe aux yeux verts au pied d'une cheminée étincelante d'électrons fous.
Dimanche, l'Anglais s'en va avec sa sale gueule et ses manières hypocrites, ça m'enchante. Et lundi, deux Allemands débarquent, les paris sont ouverts, peuvent ils être pire que mes colocataires actuels ?
J'ai pu jongler hier, le sol était sec. J'ai perdu mon endurance aux 5 balles. Le week-end commence bien, avec de la pluie.
J'ai oublié d'écrire un rêve, une partie du moins. L'autre étant bien trop grave pour se risquer à l'écrire. Lesmaï et moi dans une grande surface quelconque. Il décide de voler un lecteur cd. On se retrouve aux portes de sortie. Un appel au vol rugit dans les hauts parleurs. Des gens s'assemblent et se rapprochent de nous. Ca me fait hurler de rire. Etat second et adrénaline souriante. Lesmaï fait mine de trouver le lecteur par terre de manière comique, Marxienne. Des dizaines de personnes nous interrogent, nous encerclent, nous emprisonnent. J'explose, je les repousses, je les insultes, prétextant une agression numérique. Finalement je me retrouve en garde à vue, là ça devient intéressant. Je suis encore dans la galerie marchande et je me demande si je vais bien, si je tiens le coup d'être enfermé dans 12m². Je sentais le paradoxe mais étais incapable de mettre le doigt dessus. Ca m'en rappelle un autre, brièvement. Mon frère, ma mère et moi, sur le dos d'une créature monstrueuse et gigantesque, sorte de navette pour rejoindre le Sziget Festival.
Ha, et aujourd'hui j'ai rencontré une femme magnifique, aux allures de libertine Française, elle en avait dans les yeux et dans les cheveux.
Hé Hé, comme je suis loin de mes récits essoufflés écrits par une main tremblante sous l'effet persistant des conneries consommées les jours d'avant. Je suis loin de ma fureur aveugle et de ma défonce quotidienne, loin de mes remords glacés et des coups de poing dans le mur. Et pourtant, j'oublie pas, je garde tout. J'ai toujours l'héroïne comme talon d'Achille et le LSD comme passe temps enfoui.
Organ Donor, la chanson de mes vingt ans. Quelques heures à entendre les quelques accords, en pleine montée d'acide. Playlist des différentes versions de cette chanson, mise au point par Vinz, un ancien ami. Puis, ne tenant plus, on s'est barré. J'ai ramassé trois fois mon pote qui se cachait sous les voitures. La montée du pont de la Deûle, telle une escalade héroïque d'un mont Everest acidulé, de deux rescapés titubant, zigzaguant au grès des rafales de vent. Et puis on arrive chez moi. Obligé de coucher l'ami halluciné, de surveiller ses gestes et ses faits. Je me couche à mon tour, sachant bien que c'est folie. Il est même pas une heure du 24 février et le deuxième acide monte à peine. Nuit de cauchemars et de cris, à suer, cogner, trembler, halluciner, flipper. J'ai senti le sang chaud palpiter dans ma nuque, menaçant de la briser. J'aurai pu y rester. Mais j'ai affronté les visages qui sortaient des murs, les démons flottants et la tentation de tout arrêter, le calvaire et la vie. Le lendemain je n'en revenais pas, j'étais exténué mais plus fort. J'ai rejoint une manif' quelconque , bu comme un trou, chanter, danser, hurler. J'ai provoqué les flics de manière désinvolte, je les ai même appelé pour les prévenir que le pays allait brûler. Et après, je ne me souviens que d'un parc, un grand arbre, quelques rayons de soleil, quelques gens. Bon âne ivre et sers, moi encore.
Nostalgie des jours d'été, de la marche kamikaze d'Albi à Millau, en longeant le Tarn. Envie de revoir le p'tit Nico. J'oublierai jamais cette journée à la plage. J'emmenais les gamins à tour de rôle, tremper les pieds dans l'eau. Nico flageolait déjà, sans toucher l'eau. Mais même lorsque les vagues lui ont léchés les orteils, il n'a pas eu de crise. Mais il avait peur, alors je l'ai pris dans mes bras, et j'ai avancé dans la mer, jusqu'à mi-cuisse. Il se cramponnait à mon coup, la tête sur mon épaule, et on est resté, quelques minutes, quelques éternités, à regarder le soleil se coucher.
Papa est définitivement mon pote. Il m'offre de temps à autre un verre de vodka quand Maman n'est pas là. Sacré gaillard, pourquoi tu picoles autant ? Qu'est-ce que tu caches ? Où sont tes démons ? Cette famille mérite le Respaix, ils sont bons et vrais.
Le week-end s'achève et demain j'assisterai à l'exécution d'un canard. Je deviens un spécialiste du solitaire et je passe le temps avec une bière. Les deux chiens, Max et Machine sont énervés, quelque chose va se passer.
Journée étrange, sommeil intense. Il fait beau bleu et froid sec. On a été cueillir des feuilles de mortes avec Veysel, le Turc. On s'est bidonné en parodiant X-files. Et plus tard, au centre social, j'ai joué au dada. Une vieille femme est venue nous parler en français. elle vit en Pologne depuis 1947 et je n'ai pas osé lui demander pourquoi elle s'est installée dans un pays encore abasourdi par la guerre. J'ai aussi rencontré une blondinette au bureau, beau sourire et regard clair et vert.
Je poursuis mon apprentissage autodidacte de la gestion du temps. J'apprend à faire une chose à la fois. Je m'émerveille d'un repas, d'une belle vue, de quelques mots échangés en Anglais Allemand bredouillé. Comme l'a dit Marjorie, je pense moins à me détruire, même si je m'accorde une bière journalière et de généreuses rasades de wodka de temps en temps.
Journée étrange. ce matin Papa avait une sacrée tête dans le cul, Maman criait sur Eva, Veysel s'énervait sur Reinhatta et cette dernière criait sur moi, pour mes escalades urbaines. La ville semblait tendue. J'ai entendu quelques chiens hurler à mort et j'ai vu un type se prendre une méchante claque pendant que des oiseaux affolés nous survolaient.
Ce matin il neigeait. Je n'épiloguerais pas sur la beauté des paysages enneigés car elle n'a de toute façon pas tenu, laissant place à d'énormes flaques qui raffolent des trous de mes chaussures. Je me suis carrément fait chié au centre social, ça m'énerve. Ce soir, Papa est venu me demander à deux reprises un verre de wodka, il a aperçu la bouteille ce matin. Je suis content de partager encore plus de complicité avec lui mais je veux le voir heureux sans alcool, et qu'il meurt vieux. Putain de paradoxe égoïste, mais comment lui dire non ? Il a laissé le verre dans un coin, il reviendra m'en demander, j'ai soif, qu'est-ce que je répondrais ?
Il fait froid et il y a du vent. Nous sommes retournés à Klodzko pour un déménagement. J'ai rencontré une volontaire française très marrante. On a eu le temps de causer un peu entre deux allers-retours, pour elle aussi tout ne va pas comme sur des roulettes. En rentrant, Papa m'a montré 6 canards décapités, j'aurai voulu jouer au bourreau, ça aurait calmer les quelques pulsions malsaines que je nourris envers mon compagnon de chambre. Plus tard, Eva est arrivée silencieusement et m'a collé un énorme bisou sur la joue. Elle avait dans les bras un petit chiot, seul survivant d'une lignée de onze, les autres sont dans la rivière, ça m'écœure.
Le temps passe comme un tampax étiré, la soirée promet d'être longue.
En fait elle ne tînt pas promesse. j'ai regardé un film rigolo, en Polonais bien sur. A la dernière pub, j'ai été me griller une clope et Papa m'a intercepté pour me faire goûter du canard frit aux oignons. Il était en slip et Marcel, tout droit sorti du bain et j'ai vu un drôle de tatouage sur son bras gauche, souvenir de prison j'ai l'impression. Le canard était délicieux et en remontant j'ai du me battre avec Eva pour récupérer ma place. Grâce à l'art de la podochatouille, j'ai récupéré le fauteuil mais elle s'est empressée de se rejeter dedans et on a regarder la fin du film collé l'un contre l'autre, dans des positions inconfortables.
Rêve ever. Nuit assommante de songes spongieux, j'en ai mal au crâne. Je retrouvais Arold et Germain, mes chauffeurs lors de mon précédant voyage en Europe de l'Est, il partaient à nouveau, et me proposer d'embarquer avec eux. Un arrêt quelconque dans une ville ravagée par une foule en panique, tout le monde courant vers un point unique. Une femme me confie son bébé, je l'emmitoufle dans mon écharpe et coince dans ma chemise. Plus loin, je découvre avec horreur que ma chemise est ouverte, le bébé disparu. En me retournant, un type me lance une boule rose, conglomérats des restes déchiquetés, piétinés, du môme. Je m'en suis réveillé tremblant
Plus tard, je me lève au prix de gros efforts, avec une effroyable tête dans le cul. Maman nous prévient qu'aujourd'hui on ira à Wroclaw et qu'il faut se couvrir. Petit déjeuner de canard et d'oignons, quelle journée bizarre.
Deux heures de train aller pour une chouette journée. Wroclaw c'est joli, même si ça dégueule de pubs. De hauts bâtiments, riches en couleurs et en détails, un ciel sympa, tantôt gris, tantôt arc-en-ciel. J'ai cru être déjà venu, car la grande place ressemble à celle de Krakowie, où j'ai été en 2005. Au menu, pizza, encore. J'avais jamais mis les pieds dans un domino's pizza, ça m'a rappelé "Attention danger travail", introduction à "Volem rien foutre al'païs". 75 centilitres plus tard et nous voilà en liberté pour une heure. Veysel veut un appareil photo et nous emmène dans une galerie marchande , brillante de bijoux et de nouvelles technologies, ça m'arrache la vue et le cœur d'y entrer. J'y trouverai quand même un coin de bonheur, au rayon CD. Le Jazz hot Club et un double album d'Hendrix pour 33 zlotys (moins de 10€).
Sur le retour, je parle des femmes avec mon ami Turc. On rigole bien mais je ne supporte plus de me faire allumer à chaque coin de rue par des sourires et regards enjôleurs, j'en regarde mes pieds. Dans la matinée, quatre ptitsas dévotchkas ont carrément voulu poser avec moi en photo. Ok, ça flatte l'ego mais c'est horriblement gênant.
Et puis après ,on a raté le train. Rien de palpitant dans nos eux heures d'attente. On a eu le dernier, évidemment bondé, mais ça ne nous a pas empêché de nous bidonner et de fomenter quelques plans de soirée pour ce week-end. Les trains sont affreusement chauds, il y a une espèce de radiateur bouillant sous chaque banquette.
De retour à 21 heures à Bystrzyca, accueillis en héros par Papa et Maman, notre repas en est conséquent. Tellement même, que j'en ai du mal à boire ma bière.
Dernier jour de travail sans travail, matinée au bureau à flâner sur internet. J'y apprend que je refais une colo cet hiver, je vais revoir Sevan le Mordant et Gwen l'infirmière. Je suis aux anges mais je n'ai personne avec qui partager ma joie. Mes pieds schlinguent à cause de la pluie. Avant de partir, on nous a offert une tasse de touriste, du chocolat, et une carte affreuse, musicale, dédicacée par toutes les nanas du bureau.
Le froid s'accentue, j'en ai mal aux oreilles. Maman a préparé du pop-corn et nous conseille le film de ce soir, je l'adore elle est si gentille. Début d'un dernier week-end en Pologne sur accords de Jazz. J'ai vu 17 pays dans ma vie sans compter le mien et je suis impatient du prochain.
Pensée partagée, dépensée sans compter. Miroirs défectueux du reflet fallacieux. Je tremble sous l'effet d'une terrible remontée et d'une musique violente, salingue.
La bouteille je la tue ce soir, avec ou sans elle, à la lumière ou dans le noir. Je vais m'en rendre malade, je vais inventer des balades, la petite fée me guide, l'alcool me tord le bide. Fallait bien que j'fasse ça ici au moins une fois. Une explosion de l'intérieur. Suer d'assurance et de peur, dégueuler la mélancolie dans une amère poésie. J'ai un besoin dingue de me sentir en vie pour voir ce dont j'ai envie. Tableau décousu d'un moment étrange, suivant un autre, avec sa frange et ses yeux bleus. Deux gorgées ? Ou trois ? Tentons une. Ca ne fait rien, rien d'autre qu'un manque mesquin. J'ai envie de monde et de défonce débridée. Que la Lune soit ronde ! Qu'elle renvoie mes idées ! C'est peut être le cas, mais il y a trop de nuages et je me sens bien bas, abattu par l'âge. Adrénaline où es-tu ? Muse est repue. Suis-je déjà chevronné aux contradictions des relations ?
J'arrive encore à jongler, et même mieux que jamais. Je me languis du passé, des moments passés, des moments complices, des ambiances captivées, loin de la merde, loin du vice. Fini les pleurs, fini les caprices. Je suis déjà trop vieux pour ça. Le violon de Grappelli m'ennivre de bonheur, plus ivre que je ne le suis déjà.
Dans deux lignes j'ai fini mon cahier , je finirai mon voyage sur des feuilles volantes en espérant y coucher des journées ardentes.
Un samedi riche en action et en émotions. Je suis complètement dans le cirage mais le thé citronné devrait m'aider à conter les petites aventures.
Pour commencer, Papa est venu me chercher en début d'après midi, croyant me faire plaisir avec une émission française. J'étais surtout content de rentrer dans le petit salon réservé à la famille. J'ai bredouillé au sujet de ses tableaux, et là, il m'a sorti un petit d'agenda, caché au fond d'un tiroir, son agenda de prison. En 2000, il a tiré quatre mois en Allemagne pour ivresse au volant. Chaque page est recouverte d'écriture propre et serré et de dessins, magnifiques. Je tremblais d'émotion devant le privilège qu'il m'accordait, il l'a compris, on s'est souri en se regardant dans le blanc des yeux. Sacré bonhomme.
Un peu plus tard, Woytek est venu nous chercher pour, je cite, "Catch a bêhbêh". Dans une espèce de pré, non loin de la maison, vivait un trio de mouton couillons. Vince et moi avons joué les rabatteurs en courant comme des dingues dans une pente boueuse et très raide. On a réussi à les rassembler à l'entrée du pré, après 2 allers-retours, Vince dégouttant de boue, moi dégueulant ma nicotine. Mais là, par mégarde, Woytek laissa filer les bêtes. Il s'ensuivit une chasse aux moutons le long de la rivière. Ces derniers, tous flippés qu'ils étaient nous ont donné du sacré fil à retordre. Un moment, après une course de deux kilomètres, Papa a réussi à les coincer dans un coin. On s'est approché doucement, en ligne, pour en attraper un et l'attacher. J'aurai jamais cru que ces bestioles étaient aussi costaud. Ils ont pris peur et j'ai voulu attraper celui qui courait sur ma droite. Je me suis littéralement jeté dessus, de tout mon poids. Mais l'animal m'a fait volé dans les airs, et je me suis retrouvé à plat ventre dans la boue, c'est vexant et je me suis coupé. Finalement, Papa et un fermier rigolo ont réussi à en attraper un (qui les a tout de même traîné sur un mètre), et lui ont passé la corde autour du cou. Les autres ont suivis, comme des moutons, jusqu'à un pré mitoyen du premier après une heure et demi de course sous la neige. J'en ai dévoré mon cassoulet.
Et puis vînt la soirée, Papa nous a préparé un petit buffet et Woytek a ramené des enceintes. J'ai sorti la wodka et ainsi débuta un super repas. Beth, Woytek, Papa, Mama, Sarah, Vince et moi autour de la table, le verre qui fait sa ronde, les rires de tout le monde, j'étais plus qu'heureux. On est parti en chercher une deuxième, avec toute la clique sauf Vince. On m'a encore complimenté pour ma prononciation du Polonais et je me suis étalé sur un pavé glissant devant une épicerie bondée. Au retour, Eva était là, je lui ai proposé un verre mais Papa a changé de couleur. Il nous a ensuite fait quelques morceaux de guitare, sous couvert de sa bonne humeur. La bouteille est partie aussi vite que sa petite sœur. Woytek est un mec qui a des couilles et du cœur, c'est devenu un frère. Pour finir, ce dernier m'a montré ses photos d'Islande qui ne m'ont rien appris de nouveaux si ce n 'est que les Cubaines ont des possibilités anatomiques très étonnantes. Je suis parti peu après, titubant de joie, m'effondrer dans mon lit.
Réveil sec de gosier et découverte d'un nouveau paysage blanc. C'est magnifique. je suis absorbé par la tempête, bien au chaud derrière ma fenêtre, la musique s'est arrêté depuis longtemps, mais celle d'Eva l'a remplacé. Léthargie contemplative, humeur passive, je regretterai cet endroit.
Ca y est on est parti, dans le même taxi, rouge, rouge, krovvi. Je les ai tous embrassé. Papa nous a fait un morceau à la guitare "Doviedzenia, doviedzenia" avant de dire au revoir à Sarah et Vince. Quand ce fût mon tour, il a levé les bras en criant "Oh my friend !" pour une franche accolade. Mama m'a fait plein de bisous même si je lui ai envoyé des boules de neige bien placé. Et woytek m'a pris dans ses bras, comme un frère.
Et puis on a quitté la ville, sur un fond de musique Californienne, et puis on roulé, à travers plaines, forêts et collines enneigées.
Un aéroport sous la neige n'a rien de bandant, c'est gris, fade, repoussant. L'avion a du retard, j'espère que j'aurai le deuxième, à Munich.
Quelques turbulences pour se mettre dans l'ambiance et, ça y est, je suis dans les nuages, j'en ai fini avec ces pages. C'est un beau jour pour mourir.



