Monstre

 

Journal d'un vaincu

1er Jour

Isa va craquer, la Résistance aussi. Depuis 3 nuits déjà, le ciel est saturé par l'éclat vomi des bombes et le tonnerre a remplacé le chant des grillons.
La maison tient encore debout, mais nous vivons dans la cave. Les voisins ont eu moins de chance, ils ne sont plus qu'un souvenir.
Mais le pire est arrivé : le bébé.
C'était une folie que de le garder, on le savait, mais on le voulait, à n'importe quel prix.
Les premières contractions datent d'hier soir. Le jour se lêve et Isa ne demande plus qu'à mourir. Le dernier hôpital ayant sauté il y a un mois, on va devoir faire comme dans les films.
J'ai souhaité que ma fille naisse sous des feux d'artifices, mais pas ceux là, non.


2e jour


Tanya est né, Isa est morte. La fragile logique de la succession est respectée. Ca a pris toute la journée pour sortir le bébé, et toute la nuit pour que ma femme meure. Je n'ai même pas pleuré, tant les cris de l'une et de l'autre m'ont épuisé. La petite dort enfin, elle a grise mine et nos maigres provisions ne conviennent pas aux besoins d'un nourrisson. Une nouvelle expédition s'impose.
Il lui faudra des vêtements, des trucs chauds, l'automne s'annonce et le mistral se lêve. Les bombes ont cessé en même temps que les cris de ma femme. Triste coïncidence, les envahisseurs lui portent le deuil.
Je dois dormir, avant qu'elle ne se réveille. Mais ne pas oublier les vêtements, et du lait, et d'autres choses, mais dormir.


3e jour


Je suis parti dès qu'elle s'est endormie. Elle ne pleure plus depuis sa première nuit, ce n'est pas pour me déplaire.
J'ai dévalé la colline dans la tenue du militaire que j'ai trouvé mort il y a une semaine et j'ai arpenté les rues le plus discrêtement possible. Croisant ici et là quelques chiens chétifs et peureux. Toutes les vitrines sont brisées, soit par les pillards, soit par le souffle des bombes qui remuent la Méditérrannée.
A la pharmacie, j'ai pu faire le plein de lait en poudre, de tétines de biberon et j'ai aussi pris les quelques cachets laissés par les toxicomanes en sevrage forcé.
Le centre commercial a perdu ses attraits de machine à rêves. L'éclairage n'étant plus une priorité, les longues galeries sont faiblement éclairées par les quelques fenêtres qui jalonnent le toit. Quelques bandes traînent dans ce coin, pour chercher de quoi se défouler et, éventuellement, des denrées utilisables.Au grés de mes roulades et parties de cache-cache, je pus trouver un stock conséquent de couche, et, grâce à un type aux allures furieuses qui m'obligea à me planquer sous un rayon, une réserve non négligeable de conserves. Pour les vêtements, tout ce qui est propre et chaud est utilisable, il faudra les réajuster pour la gamine.
Le retour fût sans encombre, coucher de soleil aidant.

Pas une bombe n'a résonné depuis 2 jours, peut être que ..
Les courses suffiront pour deux, pour deux semaines, mais aprés

 

Vos commentaires

1 Le Lundi 19 Mars 2007 à 15:10 GMT+2, par Natürlich

L'avantage des mots par rapport à un fondant au chocolat, c'est qu'on peut les savourer encore et encore sans jamais prendre un gramme, au contraire, on perd (du suspens) et pourtant, ça reste toujours aussi bon.
M'enfin, la lassitude vient vite. La suite ne devrait donc pas trop tarder. :)

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 2 + 6 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens

Créer un blog sur MaBulle. | C.G.U. - Copyright | Signaler un abusContacter l'auteurVisiter le blog parrain http://erinyes.mabulle.com/Voir des blogs de la thématique: Journal intime