Monstre

 

Titre ?

Déjà une demi heure que j'ai le cul posé sur ce banc. Je suis entouré d'une vieille au tour de taille qui rivalise avec celui de Jupiter, et un drôle de type nerveux, bourré de tics, qui plie et déplie sans cesse son journal, encore un étranger. Dans un quart d'heure, la voix féminine éraillée, annoncera que la Filk-Inc. présente ses excuses pour le retard et les ennuis causés, il y aura évidemment dédommagement.

Les gens se précipitent maintenant vers le sas d'embarcation. Je regarde, sans intêrets particulier, les douanes inter-solaires intercepter un homonculé qui suinte la peur. Il est rapidement emmené à l'abris des regards pour un scan moléculaire dont il ne ressortira probablement pas. L'ennui avec cette hétérogénéité des vivants de la galaxie, c'est qu'elle entraîne automatiquement des litiges dûs aux jugements de valeur indissociables de la société. Mais là, en temps d'guerre ils ont raison de se méfier.

Une hôtesse bourrée de tendresse professionnele, me demande le plus gentiment possible de poser mon sac dans le scan, histoire de voir si je ne transporte rien d'illégal. Evidemment, si, mais les techniques de contrebande ont maintenant plusieurs paliers d'avance. Faut dire, ils ont pas l'temps de chercher, la guerre occupe tous les moyens.
Je suis finalement installé dans ma petite cabine, sans fenêtres, en proue du vaisseau. Il est grand temps d'aller au bar, s'enfiler un petit remontant, voire deux si je trouve de la compagnie. Dans le bar, je me faufile au comptoir et agresse une serveuse anorexique pour un Whisky-guarana bien chaud. A peine posé, que je me jette sous ma table, Lamdor Boriv vient de passer. Un vieux con qui n'en rate pas une pour se coller à vous et sucer toute votre pauvre énergie en racontant sa vie de collecteurs de pin's. Mais trop tard, il m'a vu.
"Mon vieil ami !! Comment vas tu ?
-Ouais, ouais, ça va.
-Allez, ça fait longtemps, je m'invite."
Putain, ma soirée est niquée, une excuse, vite ..
"Heu, je peux pas rester, j'ai chopé un sale virus sur Sirya, j'peux pas rester plus de 30 minutes sans traitement, sinon .. contagion intense.
-..
-Je suis vraiment désolé, on remet ça hein ?
-Ah heu ouijecomprend,àbientôtalors"
Ce con est parti sans demander son reste, j'espère juste qu'il alertera pas les docs du vaisseau.

Un verre et quelques hallucinations plus tard, me voilà en train de déambuler comme un pantin sur les ponts déserts. Comme le soleil est de l'autre côté, les volets sont ouverts et le spectacle me file une sacrée nausée.
Sur ma route, je croise une fille étrange, accroupie dans un coin, les mains crispées à ses hanches, et le teint vert vomi. Malgrés tout, je la trouve belle, et je me verrai bien en sa compagnie ce soir.
J'attaque simplement en demandant si mademoiselle va bien. Elle répond par un drôle de hoquet, mi-figue mi-raisin. Elle perd son équilibre et se roule par terre, un objet tombe de sa main, je le ramasse pour le lui rendre. Une drôle de gourmette, avec un nom étalé dessus en lettres cyrilliques, 'N'Loze'. Ca me laisse perplexe, d'où ça peut venir un nom pareil ? Je lui propose de l'aide, qu'elle accepte avec empressement, et à mon contact elle retrouve des couleurs et la parole.

La voilà maintenant plantée devant moi, me regardant de haut alors qu'elle est pas trés grande. Deux grands yeux noirs, sans reflets, qui semblent aspirer la lumière, comme les tunnels miniers de la Lune, qui s'est d'ailleurs effondrée sur elle même. Elle me sourit et fait mine de partir. Le problême avec moi, c'est les femmes, peut etre la seule faiblesse dans ma carapace de mâle dominant. Je la retiens par le bras, elle se laisse faire. Je lui propose de la raccompagner au cas où elle irait mal. Je lui demande d'ailleurs ce qu'il lui a pris.
Elle appelle ça une convulsion chronique, un souvenir d'une décharge de crevette électrique sur Mag II, la planête au ciel bleu. Pendant qu'elle me raconte son histoire, lui laissant un temps de parole à rallonge, je regarde le néant moucheté d'étoile lointaines et lui demande si il sait si je baiserai ou non, ce soir. Evidemment, et heureusement, il ne me répond pas. J'enchaîne par "Oui, oui, vous avez parfaitement raison", lorsqu'elle me demande mon avis sur la dernière bataille où les Martiens se sont pris une grosse branlée par nos croiseurs à propulsion nouvelle. Et lorsqu'elle demande enfin ma profession, je lui annonce avec un sourire fier et suffisant que j'assure la protection des réseaux de transmissions satellites contre les sondes mentales ennemies, et donc que je suis un atout majeur dans la guerre des mondes du moment. Ses yeux s'aggrandirent d'étonnement ravi et son sourire devient plus .. personnel dirons nous.
Merde, on est déjà arrivé à la fin de la marche digestive et le décor reprend ses attraits uniquement fonctionnels. Finie la balade au clair des étoiles. Je lui signale par un ton peiné qu'il est surement temps d'aller faire dodo, et "peut être qu'on se reverra demain". Pour toute réponse, elle se rapproche de moi, une pluie d'étoiles dans les yeux et me dit sereinement que je peux passer dans sa chambre pour un dernier verre. Je ravale à grande peine un cri de victoire, et remercie précipitemment le Dieu, là haut perché, qui permet ce miracle.
10 minutes aprés elle est devant moi et se déshabille lentement, avant de se jetter sur moi pour avaler ma langue. Elle est entreprenante la garce, et qu'est-ce que j'aime ça. Mais ce truc qui m'gratte, c'est pas le moment, putain de cérumen.

D'un coup, une douleur, un éclair, blanc, laiteux, horrible, les entrailles de mon cerveau brûlent, mes souvenirs sont comme aspirés, comme ma vie d'ailleurs. Une dernière vision, N'Loze et un sourire déchiqueté, qui ressemble aux grimaces des clowns tristes amphibiens de Mars.
Merde, je me suis fais avoir, la guerre est perdue maintenant, ils savent tout.

Dans un dernier éclat de vie, il pensa "Salope, même pas un orgasme".

Vos commentaires

1 Le Jeudi 23 Novembre 2006 à 13:12 GMT+2, par fre4k

je me trouve génial aujourd'hui

2 Le Jeudi 10 Mai 2007 à 17:21 GMT+2, par nyf

Je ne savais pas que ce blog était mis à jour, je croyais que c'était fini.
*contente*

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