Rabla's Story
J'avais juré d'arrêter, de plus recommencer, de changer d'air et de changer. Une rupture salvatrice pour moi, elle aurait trouvé de nouveaux bras.
Mais non, j'ai craqué, j'en ai redemandé, et me revoilà, plus défoncé que jamais.
Un dernier alu pour affronter la rue, un dernier fix pour me faire partir. Je pique du nez, avec d'autres gens. Je n'ai plus l'habitude, mais quel soulagement. Quand l'héroïne se mèle au sang, ahah .. et quand ce sang monte à la tête, jouissance immortelle, plénitude suprême. Mes pupilles se dilatent, je laisse tomber ma clope. Je me recroqueville en souriant, les yeux ouverts et voilés. Je ne sens plus rien, ni le froid, ni la faim. Tout va bien, c'est mieux comme ça. J'écoute d'une oreille lointaine, un couple d'amis en train de se battre pour d'obscures raisons. Il la frappe, elle pleure, je n'en pense rien, je suis serein. Je contemple mon écran intérieur, loin des cris et des pleurs. Je me laisse bercer par les remous de mon sang. Je suis là sans y être, je repense au passé, à ma première fois, à mes premières fois, avec Tiphanie.
J'avais 14 ans. Au nom de l'amour, elle m'a fait goûter sa nouvelle vie, sa nouvelle amie.
Elle remplit la seringue en me regardant, et la plante amoureusement dans mon bras et .. voilà, parti, fini. Je ne pense plus, je la sens à peine se lover contre moi. Je vis dans le rêve et l'espoir, je vis dans l'attente et le noir. Nous restons comme ça, béat, quelques heures, quelques jours et quand la catatonie se disperse, on fait l'amour, c'est doux c'est chaud, mais je pense déjà à cette liqueur merveilleuse qui perd de son effet.
Cette première piqûre, cette première fois, plaisir et maladie, défoncé et sans vie. Je lui en veux, à ma première femme, je la tiens pour responsable, de me sentir si minable. Elle a marqué un tournant dans ma vie, à cause d'elle drogue et survie, sont devenus quotidien. Mais je me plains trop, c'est de moi même que j'ai repris, et ça, elle ne l'a jamais souhaité.
Et puis, comment lui en vouloir, alors qu'elle est morte maintenant, partie avec sa fine aiguille et ses plus beaux habits, recroquevillée dans un lit, dans une dernière vague orgasmique, celle de trop. Si jolie, si douce, et malade.
Tiens, mes yeux se sont fermés. ça ne bouge plus à côté, peut être qu'ils dorment, peut être qu'il l'a tué. Je sais pas, ça m'intéresse pas, j'ai autre chose a penser. Je me redresse, et parcourt la pièce, pour un dernier alu. Un petit caillou pour finir, je le regarde chauffer, c'est beau cette coulée brune, je m'empresse d'inhaler, cette fumée bienfaitrice et je me recouche. J'erre pendant des heures dans des mondes inconnus et impossibles. Rien ne m'atteint, tout est éteint.
Une sorte de réveil, qui t'arrache au non-sommeil. Tu te grattes partout, tu trembles et tu souffres déja, sans le savoir. En pleine aprés midi, retour dans la réalité, dure, froide, et fade.
Il n'y a plus rien, plus une miette. Putain .. on va morfler.
On retraverse la ville, je sais que je dois m'arrêter maintenant, que j'aurais jamais dû replonger dedans. La journée se passe bien, à grands renforts d'alcool et de joints.
Mais le soir venu, le manque s'installe, ma tête se creuse, mes jambes dégustent et mes veines ressortent. J'ai les yeux vitreux, la bouche ouverte, je tuerais pour un pieu, dans mon bras. Mais non, je dois pas, déjà on s'inquiète pour moi, je déteste ça, oubliez moi.
La douleur lancine mes intestins redevenus dur, et j'ai beau cogner le mur, ça passe pas. J'sais que la semaine va être éprouvante, qu'un pas de travers et c'est l'épouvante.
Si je foire encore une fois, j'arrêterais pas. Jamais 2 sans trois.. mais pas cette fois. Il faut pas, surtout pas.
Mes membres se tétanisent, le contact du pull sur mes avant bras me fait l'effet de l'acide sulfurique. Plus rien d'autre à faire qu'attendre, que ça s'passe. Boire pour espérer dormir, fumer pour ne pas vomir. J'ai perdu des kilos en deux jours, je ressemble a un déporté d'Auschwitz.
Mes yeux désespérement secs, sont encore voilés. Je suis toxicomane et à sec, il faut m'arrêter.
Je pique du zen sur mon clavier, j'ai fermé la porte et jetté la clef, j'espère tenir, j'espère.
Par Libad, Samedi 8 Juillet 2006 à 15:31 GMT+2 dans Descentes et mauvais moments (article, RSS)



