Monstre

 

Camille et liberté

Même jeu, même principe. 4 livres, 4 pages, 5 mots.


Le masque de la mort rouge, Edgard Allan Poe : Sentiments, travail, brillant, connu, plaisir.
Le livre du voyage, Bernard Werber : tranquille, personnel, chacun, regarde, baigner.
Metal Hurlant, N15 Spécial printemps : rigole, monde, statue, rue, combat
Fondation et Empire, Isaac Asimov : minuscule, barbe, patron, assurée, immensité.


Camille frissona lorsque le courant d'air lui lêcha la peau. Elle ne pût s'empêcher de bouger pour se gratter et son maître vociféra contre son impotence.
"Seigneur, tu crois donc que c'est facile pour moi ? L'éclairage est tel que je dois éclaircir la peinture toutes les demi-heure, alors si tu t'y met, autant jetter un seau d'eau sur la toile.
Et met un peu plus de sentiments dans ton regard, on dirait une boniche attardée."
Léonard se remit au travail sans écouter les protestations de son modèle, si agréable à regarder.
Il affina un peu plus son trait au niveau des mains, et se recula légérement pour mieux apprécier son travail.
"Parfait .. pour aujourd'hui. Viens ici que je te paie, aprés nous irons manger. Et surtout ne regarde pas encore.
- Tu auras bientôt fini ? Je suis impatiente de voir le résultat. Même si je ne doute de sa qualité .. tu es si brillant". Et elle l'enveloppa d'un manteau d'amour.
"Bah, le dîner peut attendre", pensa Léonard.
(..)
En rouvrant les yeux, Camille se sentait apaisée, elle n'avait jamais connu d'homme aussi doux que son maître, et de plus, il payait bien. Que pouvait-elle demander ? Elle avait tout, logis, nourriture, argent et plaisir.
"La vie est ainsi faîte, pour moi", pensa-t'elle en souriant.
Elle se tînt tranquille encore quelques minutes avant de réveiller son maître, pour qu'il l'emmene jusqu'a la taverne de l'Âne. Habillée chaudement, et toute émoustillée, Camille pris la rue au bras de Léonard, toisant les autres femmes d'un regard fier et orgueilleux, et ponctuant sa démarche de légers mouvements de tête, pour que tout le monde puisses la voir.
Un gueux la regardait arriver, assis dans les ordures, au coin de la ruelle. Il hèla le jeune couple d'une voix sordide et inquiétante.
"Une piéc'tte, M'seigneur ?".
C'est du dédain propre aux riches, que Léonard l'ignora royalement. Mais le gueux renchérit :
"Un'nuit M'am'selle, 'vec moi' ?", dit-il d'un sourire édenté et nauséabond.
Interloqué, le couple pressa le pas et pénétra dans la Taverne et sa chaleur réconfortante.
Lorsqu'ils prirent place à une table, ils constatèrent avec ennui, que chacun des occupants de l'établissement avaient les yeux posés sur Camille, avec une lueur plus ou moins prononcée de désir dans le regard. Elle eût la sagesse de ne pas ôter son manteau, pourtant trop chaud pour l'atmosphère de l'endroit.
Une fois les soupes apportées par l'aubergiste malpoli, Camille et Léonard se quittèrent des yeux pour se concentrer sur leur brevages. Mais un cri strident failli faire étouffer Léonard dès sa première cuillerée.
"REGARDE !!!". Evidemment l'assemblée ne manqua pas de se retourner, cherchant un spectacle.
Elle leva sa cuillère devant les yeux de Léonard et ce dernier eût un violent haut-le-coeur. En effet, un doigt dépassait de la soupe. Camille reposa sa cuillière et détourna son regard.
"Bah alors ma p'tite dame ? 'lle vous convient pô la nourriture ?", demanda le gérant derrière elle, avec un regard malicieux. "Si, si .. J'ai juste perdu, euh .. les habitudes culinaires du pays."
"Ah bon j'préfére hein. Manqu'rait plus qu'vous soyiez pô contente.", et il repartît, visiblement satisfait.
"Même si un doigt baigner dans ma soupe tous les jours, je ne m'y habituerais pas", fit-elle à mi-voix.
Léonard, de son côté, avait déja repoussé son écuelle et préparé l'argent nécessaire à l'addition.
"Allons-y maintenant", décida-t'il.
A leur sortie, la pluie faisait concert avec les pavés, et la rigole débordait déja. Les rues étaient vides de monde, à part une silhouette floue, plus loin sur leur chemin.
Aussi droite qu'une statue, celle-ci s'avanca vers eux et ils reconnurent avec effroi, le mendiant de tout a l'heure.
Ce dernier avait bien changé. Il paraissait bien portant, ses habits semblaient neuf, et les ravages de la rue sur son visage s'estompaient déjà.
"Hors de ma vue, je suis assez énervé pour ce soir", tempêta Léonard
-Qu'est ce que tu veux de nous ?", renchérit Camille, interloquée par le silence du mendiant.
"Un'nuit 'vec M'am'selle. J'peux la payer", et lorsqu'il voulût montrer sa bourse nouvellement pleine, le jeune couple se rendit compte qu'il lui manquait la plupart de ses doigts. Il releva la tête avec un sourire gauche, et Camille couina de terreur.
"Faut bin' gagner sa vie"
- Ecoute moi bien, déguerpis et en vitesse, tu effraies la demoiselle, et je n'veux pas d'un combat sinistre sous la pluie avec .. avec un mendiant.
- C'pas à toi d'choisi', rétorqua l'autre, c'est son métier non ? Vend' son corps. J'y met l'prix.
- Elle n'a cure des pauvres énergumènes de ton espèce, elle ne fricote qu'avec moi, j'y met le prix aussi."
Camille se sentît minuscule au milieu de ces 2 personnages qui se disputaient son corps, son propre corps à elle.
Le vieillard caressa sa barbe de ses 2 doigts restants, et fît preuve d'esprit.
"Bon, M'dame, c'toi qu'choisit, ton patron pour la nuit."
Pour la première fois depuis sa rencontre avec le vieil homme, elle sentît dans son regard quelque chose de riche et de vivant. Et puis il ne la serinerait pas de remarques désagréables, et ne l'obligerait pas à poser nu pour une peinture sans intêret. Elle se surprit elle même lorsqu'elle se rendît compte que son choix était fait.
Elle se retourna vers Léonard, et l'embrassa rapidement, en lui souhaitant une bonne nuit.
Et elle partît, bras dessus bras dessous, d'une démarche assurée, vers une nouvelle aventure.
A son premier orgasme, Camille se rappela que la vie était ainsi faîte pour elle.
Elle avait tout, logis, nourriture, argent et plaisir. Son nouveau maître était encore plus tendre que l'ancien, et malgrés sa main mutilée, elle commençait à s'y attacher. Et surtout, il savait raconter, raconter de belles histoires parlant d'un futur inimaginable où l'argent devenait maître, où des monstres de métal déplaçaient les hommes, et où ces derniers, fous inconscient, se lançaient dans la conquête de l'immensité du ciel.
Mais, elle riait. Elle riait souvent, car - elle le savait trés bien - la Terre est plate.

Vos commentaires

1 Le Samedi 8 Juillet 2006 à 14:47 GMT+2, par Angele

J'aime, vraiment :). La seule "critique " que je pourrais faire, c'est le langage de Leonard qui est peut-être un peu en avance sur son temps; mais sinon, j'adore ce que tu as écrit.

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