Road Trip
La veille du départ, j'ai pris une méchante perche aux champignons hallucinogènes. La nuit a été magnifique, mais tout s'est gâté au lever du jour : on a fait la connerie de vouloir se reposer en pleine montée .. Ahahah, putain qu'j'en ai bavé.
Mais le lendemain ...
7 août (Bruxelles)
Réveil solaire en avance et en sourire. La bonne humeur nous accompagne malgrés nos petites galères (comme un aller-retour inutile qui nous coûte 5€). Mais la bière Belge nous réconforte. Finalement, dans un train qui doit nous amener à bon (aéro)port, j'écris. Marion lit, Camille plâne, JH jongle. Le groupe se porte plutôt bien, d'une volonté commune, les tensions s'apaisent et l'excitation grandit. On verra demain, aprés une nuit blanche à Budapest.
7 août (Budapest)
Nuit blanche ? Nuit noire plutôt. Stress, miini galère et rencontre assidue. Voyage en taxi, avec Rammstein en couverture sonore, qui tient éveillé le gardien de notre vie, c'est à dire le chauffeur. Adaptation à la monnaie. Ville vivante malgrés une occidentalisation croissante. Charisme des bâtiments et des habitants, je tombe amoureux à chaque coins de rue. Serviabilité pour nous, riches touristes. Le rigolage dans l'avion laisse place à une discussion passionnée avec Camille sur l'avenir de l'Est. Auberge de jeunesse gigantesque et pleine de vie. Mix culturel, échanges anglophone, alcool et clopos pas chers = super soirée. Rencontres en tous genre. Y a décidement des cons partout. Les 9 étages sont mouvants de cris et respirent la joie. Les murs sont décorés et dessinés à la convenance des occupants. Ils me rappellent le squat des Pénitent, mais j'préfére ici. Vie pas chère, journée de dégustation et de visite prévue. Les sirènes de police sont psychédéliques.
9 août (Obudà Island, sur le Danube, 2e jour au Sziget)
Lendemain de fête .. non fête encore ! J'ai fait des rêves trés forts. Ce festos est gigantesque. Je continue à tomber amoureux régulièrement, je n'en bois que plus. Ici, l'absinthe n'est pas chère, alors je me laisse aller. Le pire étant que ça n'est que le début. Ce soir . Elastic Jump !
10 août (Obudà Island)
Encore saoûl, et désespéré. J'ai paumé le 'groupe'. Je dois m'en ravir ou non ? Juste qu'apparement j'ai moins de facilité à communiquer avec tout le monde. J'ai laissé partir une nana qui fait rêver, je me souviens plus pourquoi. Bon, mettons ça sur le compte de l'alcool et de la fatigue, ça passera. Mais l 'alcool ça s'entretient, j'y retournerai. Céline est une femme géniale, elle mange la vie et m'impressionne. (Connard d'égo). J'ai faim, je dois rester pour le rencard des grossak's. A chaque regard, une certaine intensité se plante, jusqu'au rapprochement, qui me dévoile un peu trop. Du coup, tout s'arrête, sans aucune trace, jusqu'à la suite.
12 août (Obudà Island)
Wouah, réveil chaleureux et suffocant. Musique toujours. J'ai dormi dans les bras de .. ('Euh, what's your name', d'une voix gênée ..) Couché au petit jour, à peine dormi. Nuit folle, avec une folle. Encore défoncé, et plein d'idée. J'ai rencontré une Myrthille, je la reverrai ce soir.
13 août (Obudà Island)
Récapitulons : Louise Attaque, Les Hurlements d'Léo, Blues Brothers, Scène Tsigane, Dao (?), Macaco Sound System, Sound Poubelle .. Le Sound Poubelle est quelque chose d'unique. Vous marchez tranquillement encore abasourdi du dernier concert, et vous entendez des cris et des zbamzbamzbam venant de loin. En vous approchant vous remarquez une dizaine de poubelles métalliques alignées, et une trentaine de personnes autour, tapant dessus avec des bouts de bois. Du monde qui danse, les musiciens se relaient en donnant leur baguette : y en a pour tout l'monde. Je déborde d'énergie, je danse comme un fou, pieds nus, claquettes à la main, pour applaudir. J'hurle à perdre la voix, et je ramasse des gobelets (30 gobelets = 1 bière). C'est rigolo, la tête des gens, quand tu passes entre eux, une pile de gobelets sur l'index, en équilibre et que tu leur sautes au dessus et qu'tu clopines en hurlant. Un p'tit coup d'vnr hier, à la Gipsy Music. Trop de n'imp, les gens se marchaient dessus pour danser. Rencontre drôlesque avec Céline au Auchan, avec une Maman et son fils. Discussion de 2 heures, à boire des bonnes bières au soleil, à se faire régulièrement virer par l'vigile. Parlottage sur les simples d'esprits et l'ouverture non-conséquente des gens. Céline est géniale, ce soir lsd et vodka, on va rire .. J'aimerais être son fils.
14 août (Dans un train, direction Maribor).
Nous sommes dans l'Orient Express, enfin ça y ressemble. Ambiance folklorique avec des musicos enjoués. Rencontre avec 2 françaises et un resto pas sympa d'où on s'est fait jeter. Voix brisée par l'absinthe, tête à l'envers et petite mélancolie du festival. Céline me manque. Mais j'me souviendrais de tout ce qu'on à vécu, ça restera gravé. C'est une petite femme de 25 ans, qui les fait pas. Les cheveux rouges, les yeux verts, qui brillent. Elle déborde d'énergie et de vie, positivement. On a passé 2 nuits ensemble, à boire danser, rigoler et se caliner. Elle est partie en vrille sur la fin, normal : on a trouvé un plan pour de la coke. Mais elle reste plus mature que moi, elle sait ce qu'elle fait, pas de regrets. Ce matin, en partant, on a porté notre pile de gobelets qui atteignait les 6 mètres de haut. On eu droit aux applaudissements des fêtards, des photos, des films, des cris, des 'wôaw', des bizous (!?), et des regards. On s'est tapé le tour de l'île en cherchant le bon stand. On a quand même gagné 60 bières et une dizaine de T shirt. Hier soir, Yann Tiersen m'a un peu déçu, à cause de l'ambiance crevarde des français qui s'étaient tous donnés rendez-vous là. J'étais d'humeur menaçante et complétement défoncé. Le mélange lsd absinthe m'a fait comprendre les étoiles, on a traversé l'île de fond en comble avec Céline. L'avant dernière nuit, j'ai passé une nuit magnifique avec Camille. On s'est fini sur les rives du Danube, avec (Oh merveille !) un coin de silence, pour regarder le soleil se lever. Je suis un poisson languissant des amours impossibles, se faufilant à travers les dangers du fond. Juste hors du commun des gens qui ne voient rien. Le Sziget m'a apporté son lot d'expériences nouvelles. J'espère que je reverrais Céline La Rouge.
15 août, 4h du matin (Ptuj, Slovénie)
Ptuj sous la pluie. Une salle d'attente rien que pour nous à Maribor, moi prêt à monter la garde mais un jeune couple Irlandais qui passait par là nous a emmené à la convention. En van aménagé, 5 à l'arrière, moi devant, une glacière sur les genoux, à écouter la jolie voix de la nana. On arrive, les tentes nagent dans la boue, on navigue sur des planches glissantes et je pique un fou rire en voyant ça. On s'installe sous la tente d'accueil, c'est Ze Dawah. Ah vivement demain, que j'achête un peu de nouveau matos, pour jongler. Mais là, je dois dormir, j'tiens plus debout.
20 ou 21août (Ptuj)
P'touille, ça r'tourne. Ambiance trés vaste, complicité accrue entre les protagonistes du voyage, surtout avec Camille. On a trouvé un squat à Ljubjana, magnifiquement artistique, bourré de français. Rencontres, parlottages et acides sont quotidiens ..
22 ou 23 août (Croatie, Pùla)
C'est monté, mais pas assez, petit carton, mal goutté. J'ai renconré 3 gars en camion. L'un d'eux doit rentrer en france, on va échanger nos places. Il partira avec Cyril (un pote retrouvé), en voiture, aprés demain. Et moi, avec ses potes, à Sarajevo, enfin. Dans un petit camion. Un traffic, sans pare-choc avant, sans rétro, sans warning, a la carrosserie déformée, et un pneu défectueux. Ce matin, on a découvert les fourmilières du champs qu'on squattaient. Balade à une plage de rochers. Putain, mon voyage va durer un mois de plus ..
Deuxième partie. (Les dates ne sont plus notées, le temps n'existait plus)
Bosnie, Sarajevo
Putain, j'y suis, à Sarajevo, j'en ai rêvé. La route a été longue. Toute une nuit, sur des routes brumeuses et sinueuses. Passage de douane risqué, mais on s'en sort indemne. Les gens sont différents. Marqués par la guerre, la violence a laissé des traces. Je suis à Sara Ieva, la vie et la mort se côtoie. Les impacts de balles criblent la plupart des murs mais la ville vit. Je ne comprend pas ce qu'il se passe, un vieux nous a retourné la tête avec ses déboires sans queue ni tête. Les vestiges de guerre sont à portée d'yeux, tout comme les maisons neuves. Je n'comprend pas mais je veux, je ne vois pas mais je sens, je suis fatigué et j'veux pas dormir. Trop de méfiance, légitime, mais dans quel sens ? Sarajevo sent la mort et m'a pourtant séduite avant que j'ai eu l'idée d'y venir. On a rencontré un gitan, il nous a parlé, enfin, et appris quelques mots. Mais ça c'est mal fini. On a failli y rester, dans une maison en ruine, quasi encerclée par des gitans. J'ai la haine mais je leur en veux pas mais .. MERDE. Pour eux, français = riche, je pique du nez de mélancolie sur mon kebab. On est blasé tous les 3, Arold, Germain et moi.
Croatie, Zagreb
Zagreb, une ville à fille. On en peut plus, ça déborde de sourire et de clins d'oeil, c'est intenable pour un mâle. On est parti de Sarajevo, aprés un pétage de plombs collectif. Trop de mépris, de violence et fatigue nerveuse. Sur la route, on s'est tapé un backshish, pour un soit-disant excès de vitesse. On s'en tire avec 20€ et la bénédiction de ce con de rippou qui a failli mettre Arold en jugement. Bref, on a passé la frontière vnr. Et une fois de l'autre côté on a hurlé d'joie. 20 bornes plus loin, panne sêche, sur l'autoroute. Mais arrivée indemne à la station essence en forçant sur le moteur. Et finalement aprés tant de péripéties et de frustrations, nous sommes ici, dans la ville rêvée des machos. Trop de yeux doux, à se claquer la tête contre un mur. On reste 2, 3 nuits, quelques aventures nouvelles. On reprend du poil de la bête, avec les gens si accueillants. Et on continue.
Autriche, Graz/Vienne
On est repassé par la Slovénie. Leur routes sont fantômatiques, et Micropoint nous plonge dans une ambiance méchante. On a mis 3 heures de plus que prévu, c'est gonflant. Aprés un refoulement à la frontière pour panne de clignotant arrière gauche, on passe à un autre. On roule quelques heures vers Graz, sur une nationale, et on fait 5 bornes d'autoroute et on décide de s'arrêter à la sortie vers Graz, histoire de dormir un peu. Au réveil, 120€ d'amende pour non vignette d'autoroute. Flics fachos et mesquins. Vnr, crevé, affamé, on fonce sur Viennes avec un bras d'honneur derrière nous. Ville sans ambiance. Capitalisme puant. On s'y est pas éternisé, et 3 heures aprés on était à Bratislava.
Slovaquie, Bratislava
Découverte d'une ville d'artistes, pleine de vie et rayonnante de bonne humeur. On y passe 3 jours et 3 nuits, la dernière sous LSD. Ou acide sous Bratislava. Qu'est-ce que j'regrette de pas avoir d'appareil photo. C'était monstrueux. On a rencontré un super-clodo, Jaro. On a défoncé un petit branleur qui voulait l'agresser. Il nous a fait visiter les rives du Danube. Tout s'passe bien, même si Germain me les brises sévére pour des histoires fictives. Mais à part ça et ses sarcasmes, on s'fend la gueule. Un jeune Slovaque nous a accueilli une journée, pour prendre une douche et manger un bon truc. Peter, qui s'appelait, un chic type.
Pologne, Krakõw (Krakowie).
On arrive à 3h du mat', exténué, sur un petit parking, au bord du Danube. Tiens, étrange, un camion est là aussi et, oh ! .. Immatriculé en france. Au réveil on rencontre Jimmy, Kaya et leur 3 chiens, Misty, Taïka et Marley. On tente une session manche en jonglant sur la belle place de la ville, mais ça rapporte pas grand chose. On est resté 3 ou 4 jours, dont une nuit (glaciale) au bord d'un lac, où on a fait d'la pêche. Et puis on est parti pas trés loin, au sud ouest ...
Pologne, Oswiecim ( Auschwitz).
On a passé une nuit là bas, sur le parking d'un Lidl. On a maté le péril jeune grâce au groupe électrogène de nos nouveaux compagnons et on s'est saoûlés à la vodka, en redoutant la visite du lendemain. Ce jour là compte parmis les plus 'importants' de ma vie. J'ai fait un 3e et dernier rêve où l'héroïne jouait un rôle. Je consommais avec un gars, un ami. Il s'est mis à vendre, je voulais arrêter, il est mort, je suis vivant. Je pense que c'est enfin l'aboutissement inconscient de mes envies malsaines, j'espère. Ce même jour j'ai appelé mon père. Je voulais qu'il sache où j'étais. Je lui ai dit "je t'aime", pour la première fois. Et puis il y a eu Birkenau. En arrivant, j'ai posé mes papiers sur le tableau de bord en déclarant qu'ici, je n'aurais pas d'identité. Le portail du camps passé, j'ai suivi le chemin de fer, jusqu'au bout, jusqu'au monument aux morts. "Un cri de désespoir et d'alerte" L'ambiance sentait la mort, j'entendais des cris résonner, j'étais partagé entre colère, tristesse et peur, autant pour le passé, que pour l'avenir. Le pire moment a été dans le bâtiment de l' "assainissement" qui se termine par plusieurs murs couverts de photos de Juifs exterminés, de tous sexes, de tous âges. J'ai failli vomir, j'ai voulu hurler et pleurer, mais une seule larme a coulé, la première depuis des années. Une leçon d'humilité, terrifiante. J'ai passé 5 heures avec Arold a 'visiter' le camps. Au passage, on a ramassé toutes les ordures qu'on trouvait, choqués par leur présence dans ce lieu. On a tout réuni dans un sac, qu'on a posé devant une grille du camps, avec un mot, traduit en Polonais par Kaya. "Certains touristes ont crus que la mémoire des autres étaient comme la leur : une poubelle. "Plus jamais ça", ça non plus."
Pologne, Un bled
On a foncé hors d'Auschwitz, on s'est mis une violente race à la vodka, on a foutu le bordel dans la ville (je regrette), arold s'est effondré par terre, Germain a gerbé ses tripes. Les flics nous ont réveillés, Kaya les a géré. Elle et Jimmy sont repartis dans leur famille à Warzawa (Varsovie), bonne route amigos.
République Tchèque, Prague
Ville de dingue. On vient d'arriver. Les rues grouillent de putes, de touristes et de dealers. C'est décidé, ici je garde le couteau ouvert. La ville est magnifique, on en revient pas. On choisit d'rester quelques jours. Un soir, en allant pisser, je passe devant un 4x4 ou 2 gars fument un alu. Je toque gentiment et demande en anglais c'que c'est .. et finalement on achète un gramme de coke, pas cher. Le dernier jour, on se fait la super balade. On part à l'assaut de la ville, motivé comme jamais. On finit par les fortifications, et le château sur la colline. Vue magnifique, on s'marre avec les gardes. Un orage arrive au loin, on attend le dernier moment pour dévaler la pente en courant, avec la pluie à nos trousses. Elle gagne évidemment. Finalement on aura eu aucun problème ici, et on se décide à partir, légérement morose, car cette fois ça y est. On rentre chez nous. Au programme : Allemagne, Pays Bas (pour un peu de beuh), Belgique et .. france. De plus, l'argent devient quasi-inexistant, à peine un plein, va falloir faire preuve d'ingéniosité et mangé des pâtes et du riz pendant encore un bout de temps.
Autoroute allemande (30 km aprés la frontière Tchèque)
Encore une amende, encore pour une vignette, cette fois 30€. Le douanier qui a fouillé le camion était doué, il est passé pas loin de c'qu'il restait, j'ai vraiment cru que .. Depuis la frontière passée, le voyant essence clignote. On attend désespérement une station, qui ne viendra pas. Trop dangereux de sortir maintenant, on risquerait l'accident. On continue et ... panne sêche. Plein brouillard, froid, peur, rage, qu'est-ce qu'on fait ? On a ni feux de détresse, ni triangle de prévention, ni argent, qu'est-ce qu'on fait ? Germain est parti par sous un pont pour chercher un bled avec une station, avec un bidon et c'qu'il restait en argent : 27€. Les flics sont passés, n'ont rien pu faire pour nous, à part un contrôle de papiers et nous ont laissé là. Germain reviens, bredouille, excédé. Je pars dans l'autre sens, déterminé. 6 kilomètres plus loin, une sortie, une station .. Fermée. J'hurle de rage, j'en peux plus mais .. pas le choix. Je retourne au camion. Il est 4 heures du matin, on caille, on en peux plus. Je décide qu'il faut dormir, bercé par les phares et le bruit des voitures. On s'installe sur le bas côté, dans les sacs de couchage. J'monte la garde jusqu'a l'aube. Je réveille Arold à l'heure prévue pour qu'il retourne à la station qui devrait être ouverte quand il arrivera. Je me réveille en panique, tout me revient, le stress reprend le dessus. Je constate qu'on a dormi à côté de chenilles monstrueusement moche. Et, alleluya, Arold arrive au même moment, le bidon plein. On se réinstalle, heureux d'être en vie et là .. plus de batterie. On s'énerve, on s'engueule, on va craquer, lorsqu'une camionette s'arrête devant nous et qu'un bonhomme en sort pour nous aider : on y croyait plus. C'bon gars, nous tracte jusqu'a cette fameuse sortie, et on redémarre à coup de pince crocodile. Fiouh tiré d'affaire. Je vais dans un supermarché, vole un pain, du fromage et du pâté, et on va s'installer dans un terrain vague, pour avoir du silence, enfin. On ouvre les dernières bières Polonaises : 'Dog in the Fog' ('Chiens dans le brouillard'), elles sont de circonstances.
Allemagne, Bled paumé (15 bornes de Koplenz)
2 jours qu'on est là. Sur un parking de supermarché, avec plus de tune, et la haine qui monte. Les prises de tête affluent et la question 'qu'est-ce qu'on va faire ?' subsiste. Il nous reste 2,70€, je propose un dernier recours avant le vol aggravé dans les garages de la ville : téléphoner à un (j'espère) ami, pour un virement bancaire d'urgence. On va à la station service à côté. J'expose le problème à la jolie caissière et je téléphone. Mon pote est d'accord (merci à toi, mille fois) et j'entend Germain discuter avec un type costard/cravate, boutons d'manchette et after shave. Le gars lui dit 'Je vois que vous avez un problème, je veux vous aider'. Et là, j'en reviens toujours pas, ce gars qui roule en BM rutilante nous a payé un plein complet et un repas. On était au bord du gouffre et ce type nous a sauvé de l'entretuement. Tout c'qu'on a pu faire pour le remercier c'est des clopes bosniaques, qu'il a accepté parcequ'on insistait. Nous sommes donc reparti en hurlant de soulagement. On s'est arrêté quelques heures aprés pour une bonne bouffe au soleil. J'ai jamais autant aimé le riz.
Pays-Bas, Maastricht
Il nous reste un bon quart de réservoir, et la tune de mon pote est arrivé, tout va pour le mieux. On décide à s'offrir des champignons et un peu d'shit et de beuh. On passe une nuit, nostalgique déjà, de nos périples. Le lendemain, avant de manger les champis, je leur dis "Eh, les gars, j'ai envie d'voir la mer avant d'rentrer, pas vous ?" Une vérification d'itinéraire, de kilométrage et de jauge d'essence plus tard.. On décide de partir pour Oostende pour manger les mushs au bord de la mer.
Belgique, Oostende
Belle surprise : la tempête fait rage sur la côte. On se régale avec les mexicains, encore tout frais, et puis Arold nous sort : 'Et puis merde, on mange les petris aussi' .. Un joyeux mélange de LSD et de mescaline s'entame dans nos estomacs. Le camion tremblait sous la force du vent, on sentait les vagues qui claquaient le sol avec énergie et les substances commençaient à peine a monter. Pour sortir, on s'est barricadé sous nos manteaux, attaché nos capuches avec les écharpes, j'ai d'ailleurs mis des pompes pour la première fois depuis 2 mois. Une trace de coke et on est sorti .. Marcher était fatiguant, mais sous les vagues hallucinogènes, c'etait juste un jeu. Evidemment je suis aller sur la digue, pour narguer la tempête et lui dire qui est le plus fort. Les vagues me léchaient déja les pieds et à ce moment, en levant la tête pour être sous l'emprise du vent, j'ai tout compris. Aprés notre tour d'Europe, nos galères et nos aventures, la Nature m'a rappelé qu'elle était la plus forte, plus forte que la guerre et ses vestiges, plus forte ques les incendies, plus forte que la connerie des hommes, plus forte que la mort, plus forte que tout ce qu'on a pu voir en 2 mois. Sous l'impact de cette nouvelle, je suis tombé. J'ai pas cherché à me relever. J'étais sur le cul, foudroyé par cette nouvelle qui se distillait lentement dans ma tête, en élargissant progressivement mon sourire. A ce moment là, j'aurai voulu être emporté par une vague, pour me donner entièrement à une bonne cause.
Le lendemain, on a attendu le soir pour décoller. On a fait un tour au port, la tempête n'était pas fini, la descente si. On a pris la route, tout doucement, et on est parti sur Lille. J'ai trouvé une fête à faire. J'ai revu plein d'potes, plein. J'étais sur un nuage de vin rouge, heureux, confiant, serein et nostalgique. J'ai insisté pour une dernière nuit dans l'camion, dans ma propre ville. Au matin, on a fini le riz, avec les patates et tout ce qu'il restait, on a invité quelques gens à nous rejoindre, et puis eux, il sont repartis, me laissant chez moi avec toute cette masse de beaux souvenirs.
Les gars, merci.
Par Libad, Dimanche 2 Juillet 2006 à 20:07 GMT+2 dans Voyages (article, RSS)



