Journal d'un vainqueur
6e jour
Les coups de feu se rapprochent depuis ce matin. On entend désormais les ordres et les cris, de la milice Marseillaise. J'ai pu faire un plein de provisions en pillant le cellier des voisins. Aucune trace d'eux depuis des semaines, aucun remord.
Dans la rubrique des bonnes surprises, leur moto n'a pas bougé, le demi-plein non plus. J'ai tout ce qu'il nous faut pour partir, c'est pour bientôt. Demain surement, si les fusils veulent bie se taire, au moin pour une sieste.
Je crois que notre maison s'est reconvertie en QG de soldats. Heureusement que la trappe de la cave est dissimulée. Je les entends claquer des talons au dessus de nos têtes, ils crient fort, dans une langue inconnue. Dire que je n'ai aucune idée de qui ils peuvent être. Je dois avancer l'heure du départ. J'espère qu'ils dormiront tous, et profondément.
Tanya est magnifique, elle comprend tout, elle ne crie jamais. Encore quelques heures, et on changera d'air.
7e jour
J'ai commis l'irréparable. Nous sommes dans la petite villa de mes parents qui sont introuvables. Perdu au fond du maquis, on peut désormais respirer .. les mains pleines de sang.
Vers 3 heures du matin, alors qu'il n'y avait plus un bruit, je suis monté à la surface, Tanya sur le dos, avec le strict minimum à bout de bras. J'ai pu traverser la cuisine sans encombre avant d'entendre un cri rauque. Un soldat insomniaque me pointait du doigt, et hurlait sur un ton menaçant. J'ai pu atteindre la porte et me cacher contre le mur. Je l'ai entendu arriver, et enlever la sécurité de son fusil. Je n'ai pas réfléchi, j'ai vu une hache, celle qui nous servait à couper du bois l'hiver. J'ai vu sa tête et la hache partir vers sa gorge, il est tombé à genoux, avec un cri étranglé, projetant des gerbes de sang partout autour de lui, jusque sur mon visage. Les autres sont arrivés au pas de course, j'ai récupéré le fusil et couru derrière le sapin en tremblant de terreur. La pénombre était telle qu'ils ne m'ont pas vu. J'en ai abattu 4 dans le dos, avant de me faire repérer. J'ai battu en retraite, à travers la haie, les yeux fous, les mains crispés sur la crosse, priant je n'sais qui pour que ma fille vive. Arrivé dans la rue j'ai couru comme un dératé chez les voisins pour attraper la moto. Un soldat m'a suivi. Je n'oublierai jamais son regard lorsque la crosse s'est abattu sur son nez. Je l'ai frappé jusqu'à ce que son crâne implose, je pleurais sans le savoir et je souriais aussi, surement.
Les clefs de la moto étaient dans le pot d'échappement, comme prévu. Nous sommes sortis du jardin en traversant les buissons, une branche a gardé un bout de mon épaule et de ma joue. Des coups de feu ont fusés derrière moi, mais nous étions déjà loin, la manette des gazs bloquée.
Je pleure encore, de honte et de rage. Mais Tanya vis, et souris, c'est le principal.
8e jour
J'ai dormi plus de douze heures, le soleil décline déjà dans l'horizon de pins. Tanya a attendu patiemment que je me réveille. Ce n'est qu'aprés un frugal déjeuner que les violences de la nuit dernière me sont revenues. Etrangement, je me sens serein et vide de tous remords. J'ai fait ce qu'il fallait pour ma fille. N'importe quel père en aurait fait autant.
La maison nous change de la cave, j'ai installé Tanya dans la chambre d'ami et je m'approprie celle de mes parents. J'ai vidé la nourriture pourrie du frigo, a priori le courant ne passe plus depuis des semaines. Mais il reste de quoi nourrir un régiment pour une semaine. Des patates et des conserves à tour de bras, ornent le cellier. Le cumulus est encore plein, j'ai donc pu prendre douche, froide certe, mais bandante. Tanya a été un peu réticente pour un bain mais finalement, elle gazouillait quelques minutes aprés son immersion.
Frais et dispo on se couche tôt pour parfaire notre déménagement.
Par Libad, Mardi 10 Janvier 2006 à 20:15 GMT+2 dans Journal d'un vaincu (article, RSS)



